Mia Madre

C’est notre Palme à nous ; du pur Nanni Moretti, oscillant constamment entre humour et tragique. Son départ bredouille de Cannes ne nous étonne pas vraiment (d’ailleurs, plus rien ne nous étonne à Cannes). Pourtant, le film de Moretti célèbre véritablement ce à quoi aspire le cinéma : révéler et interroger.

Mia Madre met en exergue l’aspect éminemment existentialiste du cinéma, dans le sens où il aborde des problématiques telles que l’absence, la création, la médiocrité, le désespoir ou la maladie. C’est un film aux premiers abords, profondément cynique. Moretti brosse les portraits de personnages en quête et qui malgré tout, restent optimistes et attachés à la vie. Margherita, réalisatrice désabusée, s’accroche pourtant férocement aux derniers souffles de sa mère. Barry, acteur raté et capricieux, croit éperdument en ses capacités. Sauf, Giovanni (incarné par Moretti lui-même) semble voir ce que tous ne veulent pas voir. Il possède cette clairvoyance et cette désespérance que possèdent les romantiques. Il ne nie pas la mort, il l’affronte.

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Mia Madre est une déclaration, un aveu aussi. Moretti s’est trouvé un double cinématographique : il nous paraît assez pertinent d’établir un parallèle entre lui et le personnage de Margherita. En effet, Moretti s’essaye à l’autoportrait, c’est pourquoi il utilise un alter-ego car, celui-ci lui permet une mise à distance nécessaire sur lui-même qui lui donne la possibilité de se raconter.

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Les mouvements de caméra, l’éclairage, la musique d’Arvo Pärt cherchent la légèreté ; légèreté dont est dépourvue Margherita. C’est le personnage de Barry qui s’inscrit dans cette tonalité : John Turturro est époustouflant, profondément ridicule et clownesque mais donc aussi très touchant. On se souvient de cette séquence grotesque où Barry conduit une voiture tout en ayant la vue bouchée par le dispositif technique de l’appareil cinématographique. La scène est complètement ubuesque et nous retrouvons de semblables situations tout au long du film. Parce que Moretti ose la caricature et la dérision de son propre métier, mais aussi de lui-même bien sûr.

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C’est la grande force de Moretti : faire passer le spectateur par une palette d’émotions très variées le temps d’un film. Les rires chassent les larmes et inversement. Les dernières minutes sont simplement bouleversantes de justesse. Moretti cristallise le vide, le départ d’un être cher, ce qu’il laisse, ce qu’il emporte aussi. Le silence de la maison maternelle, dans laquelle se retrouve Margherita, devient notre propre silence, une naturelle empathie saisit le spectateur parce que Moretti parle à tous. Et, après le temps de la mort, il nous invite à faire le deuil de sa propre enfance, à accepter l’absence maternelle, en somme, à songer à demain.

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