12 years a slave

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Film prenant, film choc et film bouleversant, voilà les termes pouvant qualifier cette nouvelle réalisation du grand McQueen. La force première de ce film réside dans la sobriété et l'absence de pathétique. Quand on parle d'esclavagisme, il est toujours délicat d'en proposer un avis totalement objectif. Or Steve McQueen accomplit cette tâche avec brio.

Mis à part le filmé (très intéressant), le filmique domine en maître. Plans très serrés sur des visages pensifs et meurtris, caméra mobile qui avance tel un personnage à travers les champs de coton, couleurs bleutées d'une nuit cauchemardesque, plans fixes sur des esclaves accablés ou encore très gros plans sur les composantes d'un violon ou d'une bougie isolée. Plan poitrine remarquable sur Solomon Northup (Chiwetel Ejiofor) lorsqu'il regarde lentement les spectateurs droit dans les yeux. Ce plan est très ingénieux et émouvant car il est le lien direct entre les crimes passés et notre société moderne.

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En ce qui concerne l'histoire en elle-même, il n'y a pas beaucoup à dire car c'est une histoire dramatique qui a vraiment existé et ce simple fait suffit à indigner. Un film de plus sur l'esclavagisme en Amérique mais un film qui témoigne et révolte. Un film également porté par des acteurs justes et loin de la démesure que ces rôles extrêmes peuvent entrainer.

Steve McQueen accorde une place importante presque centrale à la musique comme source d'espoir mais aussi comme instrument de torture. Elle accompagne Solomon mais anime des danses sordides orchestrées par le redoutable Monsieur Epps (Michael Fassbender). Les chants rythment le travail dans les champs de coton et les cérémonies mortuaires improvisées.

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Pendant plus de deux heures, nous errons parmi les mutilations, les coups de fouet, les pendaisons, les viols et les humiliations contre des hommes commis par des hommes insensés. Evoquons ces plans effroyables sur des dos sanguinolents et estropiés et cette fureur contre des actes affreux, inhumains et impardonnables. Au final, Solomon retrouve sa liberté (auparavant déjà acquise) mais ce n'est pas une fin heureuse. McQueen n'en fait pas une fin joyeuse et l'on ne peut se réjouir de cette fin quand on pense à ces Patsey et tous ces autres esclaves restés sur les plantations.       

En bref, cette réalisation est filmiquement bien menée avec des plans parfois très novateurs, des personnages qui ne surjouent pas, une musique mélancolique, et la prise de conscience terrifiante d'un crime monstrueux qui a vraiment existé.

A voir absolument.

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2 votes. Moyenne 4.50 sur 5.

Commentaires (2)

1. y.rusconi 09/02/2014

Pour moi, la fin du film est plus optimiste qu'il n'y paraît. N'assistons-nous pas aux prémices de la fin d'une société archaïque et esclavagiste, rongée par ses propres démons et à bout de force, et à l'émergence d'une prise de conscience en faveur de l'abolitionnisme, incarnée timidement au début par Ford et plus nettement à la fin par Brass, et qui finira par triompher ?

2. Mamina 10/02/2014

Film très bouleversant, avec des images insoutenables (les dos déchiquetés, les pendaisons...).Je sors de cette séance indignée par cette réalité et bouleversée par le jeu des acteurs. Effectivement la fin nous interroge ? Tellement de culpabilité pour Solomon envers sa famille (il leur demande pardon) et pour tous les esclaves laissés derrière lui...Le prise de conscience finira-t-elle par triompher?? Bravo pour cette analyse. Restez toujours aussi passionnées !!

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