American Sniper

American Sniper s’inscrit dans la filiation directe des films pro-américains qui font le récit de personnages enrôlés dans une guerre. Clint Eastwood renoue avec son Histoire et avec ce genre cinématographique typiquement américain à l’instar de Michael Cimino (Voyage au bout de l’enfer), Francis Ford Coppola (Apocalypse now), Stanley Kubrick (Full metal jacket), Oliver Stone (Platoon) ou encore Dalton Trumbo (Johnny s’en va-t-en guerre).

Nous retrouvons les grandes idées d’Eastwood : l’individualisme, le patriotisme, le devoir moral et la mise en crise de la famille. Ce film vante les mérites de « la Légende », Chris Kyle tireur d’élite hors pair, mais n’en reste pas moins habité par une volonté de montrer crument l’horreur et l’insupportable. La première scène est effroyable et brutale : le spectateur ; au plus près de l’action puisqu’il parvient à voir dans le viseur du sniper, assiste au meurtre d’un enfant et de sa mère. Eastwood ne tombe pas dans un questionnement manichéen ou métaphysique mais pose un véritable dilemme moral : que faire face à un enfant portant à bout de bras un missile ? Il tranche, non pas s’en hésitation, ce dilemme tragique.

American sniper missile

Il n’est pas étonnant que ce film ait rencontré une vague d’enthousiasme aux Etats-Unis. Le récit des « héros » américains, partis débusquer la source de l’Ennemi national en Irak séduit incontestablement les Américains, d’où la pluie de nominations aux Oscars. Sans surprise, l’accueil français a été bien plus mitigé et les critiques les plus courantes condamnent la glorification d’un sniper, défini comme un tueur froid ou un fou de la gâchette.

D’un point de vue esthétique, Eastwood reste un réalisateur indéniablement très talentueux, il sait créer un climat de tension, augmenter le suspense à son apogée et malmener nos émotions. Il parvient à mettre en scène un véritable duel digne des westerns lors de la traque puis de la confrontation entre Chris Kyle et Mustafa, un sniper ennemi et alter-ego dans la chasse. L’alternance des gros plans sur Chris Kyle et sur Mustafa cristallise à elle seule, l’essence du conflit américano-irakien. Si formellement, il n’y a pas de prodiges visuels, Clint Eastwood sait mettre en scène.

Cooper 2

Mustafa

La famille subit également une fine analyse. Dès son enfance, Chris Kyle se voit confier une mission fraternelle par son père : toujours défendre le plus fragile, toujours protéger son frère cadet. C’est dans ce contexte où l’ombre paternelle domine que Kyle se définit. Le vide de son existence le pousse à se trouver une cause à défendre. C’est devant les images du 11 septembre que son instinct national s’éveille soudainement. Le diptyque narratif est très intéressant, tout comme l’était celui de Michael Cimino : récit de la guerre puis du retour au pays. Kyle ne s’intègre plus à la vie familiale, il voit le mal partout, l’entend partout, reste hagard devant l’écran noir de la télévision et se fait son propre film mental.

Finalement, c’est un ancien Marine instable et souffrant de stress post-traumatique qui assassine Kyle sur le sol américain. Toute la dramaturgie américaine est ici résumée. L’Amérique se veut le soldat du monde contre l’oppression et la barbarie mais ne parvient pas à endiguer ses propres fléaux nationaux et sa propre barbarie.

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