Bad Lieutenant

Martin Scorsese s’est empressé de formuler des éloges à la sortie de ce long-métrage de Ferrara et nous comprenons tout à fait pour quelles raisons Bad Lieutenant s’inscrit comme un film clef dans l’histoire des films de flics pourris. En effet, Abel Ferrara respecte tous les codes du genre mais ajoute une veine religieuse et ce parti pris permet d’ancrer la narration dans une toute autre dimension.

Harvey Keitel s’affirme véritablement comme un acteur très talentueux, il est certes très saisissant dans ce rôle, néanmoins, certaines scènes l’ont desservi. Vers la fin du film, Keitel se trouve dans une église et après avoir injurié Dieu, il gît sur le sol et implore son pardon. Son jeu schizophrénique mêlé à une incarnation physique du Christ fait perdre de la puissance au récit parce que le cinéma de Ferrara, à ce moment là, montre trop évidemment ce qu’il pourrait seulement suggérer. Le cinéma n’est pas qu’un art de la monstration, il est aussi et avant tout, un art de l’implicite, du dévoilement progressif mais tendre vers trop d’évidence et de réalisme atténue l’effet premier qu’avait souhaité Ferrara.

Bad 1

De plus, l’intrigue perd également toute sa force narrative puisque le récit s’essouffle autour des déboires d’Harvey Keitel et en oublie complètement l’enjeu principal : celui de venger le viol d’une religieuse. En effet, Keitel est trop soudainement touché par le drame qu’a vécu cette Sœur et cette rapidité dans son changement de comportement est incompréhensible et trop déroutant pour le spectateur. En bref, on n’y croit pas ! Keitel est trop dépeint comme un personnage excessif, entier, sans demi-mesure, même la fin en témoigne puisque la morale ne lui laisse pas l’ombre d’une chance. Cet entremêlement entre crimes et sacralité est très fréquemment employé par les cinéastes, Scorsese l’a brillamment fait dans Mean Streets (pour ne citer que celui-là) et Ferrara ne l’a malheureusement pas aussi bien élaboré car, cette alliance s’effrite dès les premières minutes, elle n’a rien de convaincant.

Bad 2

Toutefois, Bad Lieutenant reste un film capital dans la filmographie d’Abel Ferrara et célèbre comme il se doit un grand acteur, Harvey Keitel, dont le potentiel a trop souvent été assimilé à celui d’un second rôle. Ici, Ferrara montre le contraire et met en scène un Keitel hallucinant, qui fait inévitablement converger tous les regards et qui s’affirme comme un acteur complet. En tout cas, ce film ne vous laissera pas sans avis et provoque forcément en vous un sentiment étrange de dualité parce que Ferrara sait bouleverser et déranger ses spectateurs, il sait les déloger de leur confortable fauteuil et rien que cette sensation mérite le détour.

Bad 3

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

×