La dernière tentation du Christ

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C’est le film de Scorsese qui a suscité les plus vives réactions mais, c’est aussi un des plus intéressants à décortiquer. Willem Dafoe incarne Jésus Christ et Harvey Keitel est Judas. D’entrée de jeu, il faut noter la relation singulière qui rassemble les deux hommes. En effet, c’est Jésus, lui-même, qui va demander à son disciple Judas de le trahir. Comme Scorsese le dit : « Jésus a le rôle le plus facile et Judas, le mauvais ». C’est-à-dire qu’une complicité dérangeante née entre eux et c’est un Judas contrarié, attristé et peiné qui s’apprête à le donner aux Romains. Judas n’est pas ici, l’homme mauvais, le lâche, il est le traître malgré lui.

Ensuite, la dernière tentation de Jésus est celle qu’il éprouve du haut de sa croix. Doit-il vivre son existence d’homme ou accepter la mission que le Divin lui a confiée ? Parce que, dans la conception de Scorsese, Jésus est avant tout, un homme, un individu mortel, qui vieillit, goûte aux plaisirs humains et regrette ses fautes. Ce n’est que sur sa croix, qu’il choisit d’écouter vraiment la voix de Dieu et de devenir, ainsi, le Messie.

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De plus, ce qu’il y a d’intéressant à relever, c’est la dualité de Jésus. Au début du film, nous le voyons hésiter. Est-ce réellement les paroles de Dieu qui résonnent en lui ou n’est-il pas finalement habité par les puissances maléfiques de Satan ? Jésus est donc d’abord, un homme qui doute et qui cherche à comprendre qui il est parce qu’au départ, il ignore sa véritable condition.

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Nous souhaiterions revenir sur un autre aspect. Willem Dafoe incarne un Christ sensuel et érotique. Il est, en fait, le Christ des tableaux du 12-13ème siècle, c’est-à-dire un Christ vivant, avec des formes physiques voluptueuses, une musculature apparente et une attitude plus apaisée et plus humaine. Nous pourrions mettre en perspective un autre film qui retrace la vie du Christ, il s’agit de L'Evangile selon Saint Matthieu, film du grand Pasolini, où là, nous avons l’image d’un Christ décharné, qui souffre et porte les douleurs des hommes. Deux conceptions opposées…

In fine, l’ultime tentation du Christ se résout comme chacun l’attend : Jésus ne peut pas n’être qu’un homme sinon, ce n’est pas le Christ. Dieu ne l’abandonne pas et lui montre le chemin du Royaume éternel.

Néanmoins, nous pouvons formuler une réserve quant aux choix dramaturgiques de Scorsese pour représenter les manifestations divines. Certaines scènes, nous ont laissé dubitatives et nous ont même dérangé. Jésus apparaît parfois comme une sorte de magicien, de sorcier lorsqu'il soigne les malades ou les blessés. Les effets spéciaux sont trop artificiels à certains endroits. Il n'y a rien de divin qui ressort de ces guérisons alors que c'était justement le but visé par Scorsese. Mais ces points négatifs ne condamnent pas ce film, ils l'affaiblissent seulement...

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Malgré l’accueil partagé du public à sa sortie en salle, ce film reste capital dans la filmographie de Martin Scorsese et permet de cerner davantage, ses considérations religieuses.

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