La vie d'Adèle

Comment réaliser un film de plus de trois heures en brassant du néant ? Kechiche nous donne au moins une bonne leçon sur ce point. Vous l’aurez compris, nous avons beaucoup de réserves au sujet de La vie d’Adèle.

Déjà, le film de Kechiche brasse à tout va des arguments d’autorités. Il nous sert du Mozart, du Marivaux, du Picasso et bien d’autres (la liste est trop longue) et cette avalanche de références noie la narration dans le cliché. De plus, vous connaissez nos réticences quant à l’usage de tels arguments d’autorités, nous avons déjà parlé dans une précédente analyse de la relation étroite qu’entretient le cinéma avec la littérature et la musique. Nous réitérons nos arguments : quand un cinéaste prend le risque de mettre du Mozart, il condamne ses images à l’amoindrissement, sauf bien sûr si le réalisateur en question s’appelle Kubrick ou Coppola et sont donc conduits par une fibre créatrice très forte voire magistrale.

Kechiche tombe ainsi dans le cliché et ses images sont inexorablement soumises à la verve musicale.

Adele 1

Par la suite, nous pouvons ajouter que ce film ne parvient pas à se libérer du ridicule. Par ce terme, nous voulons parler de cette couleur bleue qui tapisse presque chaque plan : les homosexuels portent du bleu, les boîtes de nuit baignent dans le bleu, les maisons possèdent des objets bleus, le bleu est partout. Nous pouvons entendre que cette dominance du bleu met davantage en exergue l’obsession d’Adèle mais cela tourne très vite au ridicule. Il faut arrêter de prendre le spectateur pour un ignare qui ne saisirait pas les subtilités cinématographiques et ici, d’éclairages. En plus, Kechiche joue très grossièrement sur la lumière et réussit magistralement à s’éloigner d’une esthétique subtile.

Ensuite, Kechiche ne parvient pas à maitriser les caractéristiques d’un cinéma qui se veut réaliste. Les gros plans, les actrices embuées de larmes et les scènes de sexe aux allures pornographiques font office de réalisme pur. Hélas, nous avons été plongées dans un profond désarroi face à ces images. Kechiche aurait dû s’inspirer de l’esthétique réaliste d’Erich von Stroheim (réalisateur d’un film de 9 heures, qui a su saisir l’essence du réel au cinéma) plutôt que d’imiter le processus du film pornographique. Kechiche ne réussit pas à fédérer l’appétit sexuel et les sentiments, il les éloigne encore plus.

Adele 2

Le portrait que brosse Kechiche de la jeune Adèle est simplement caricatural : ado paumée, elle se cherche longtemps, puis finit par se trouver mais se heurte aux terribles hétéros homophobes. Bref, des clichés, des clichés et encore des clichés. En somme, ce film est une immense déception, une agonie de trois heures car, quelle tristesse de voir un art aussi puissant et majestueux que le cinéma, être utilisé à des fins aussi peu productives. 

Le cinéma a franchi une limite esthétique forte avec La vie d’Adèle, dans le sens où la crudité de la vie est montrée aux spectateurs sans filtre, sans retenue, sans réflexion. Nous sommes entrés dans une logique de l’image choc pour l’image choc. Commercialement, mettre du sexe à l’écran est beaucoup plus vendeur, c’est bien connu. Nous sommes tellement navrées d’assister à un tel usage et de voir cet art que nous chérissons tant, être négligé à ce point. Une question demeure cependant. Comment est-il possible qu’un film comme celui de Kechiche ait pu recevoir la Palme d’or à Cannes ? Deux solutions : soit le cinéma a épousé un virage visuel et thématique nouveau soit le public s’habitue à la vue d’images chocs, politiquement de plus en plus engagés et esthétiquement médiocres. Nous optons pour la deuxième hypothèse.

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