Vincere

Marco Bellocchio retrace avec son film Vincere, la romance cachée entre le Duce Mussolini et Ida Dalser. Un enfant va naître de cette histoire. Bellocchio parvient à retranscrire l’ambiance de l’époque et le fait de placer le spectateur aux côtés d’Ida est très astucieux car, l’Histoire, cette Histoire, celle du fascisme, nous est contée de manière tout à fait différente.

Timi

Ainsi, nous subissons l’enfermement et l’éloignement au même titre qu’Ida. Cette identification est possible grâce à des plans très serrés sur son visage, une confrontation directe avec elle et des plans larges qui soulignent sa solitude car, autour d’elle, c’est le vide. De plus, le combat de cette femme et l’injustice dont elle a été victime, renforcent un effort d’identification et c’est pourquoi, avec Bellocchio, le spectateur est constamment actif.

Vincere

Vincere, c’est aussi l’histoire qui rencontre l’Histoire avec un « h » majuscule. Ida ne doit pas être mêlée à l’Histoire et les membres fascistes vont lui faire comprendre très violemment. Bellocchio met en scène le drame de sa vie et de celle de son fils en épurant au maximum les plans, c’est-à-dire que lorsqu’Ida apparaît à l’écran, on sent inévitablement le vide et l’abandon, elle est systématiquement écartée des mouvements de foule, même ceux qui défendront sa cause.

Bellocchio filme aussi l’enfermement d’une façon très poétique, selon nous. Une image nous a profondément marqué, celle où Ida déambule dans l’hôpital psychiatrique où elle est consignée, il fait nuit et il neige abondamment. Ida grimpe en haut d’une des grilles de l’hôpital et jette désespérément une multitude de lettres destinées à son fils. Bellocchio réalise d’abord des plans à l’intérieur puis à l’extérieur, filmant de face Ida. De sorte que, nous pourrions croire qu’il joue sur un effet d’identification-distanciation, mais il n’en est rien. L’indentification est encore plus forte au moment où la caméra sort de l’hôpital parce que le spectateur doit directement appréhender le visage d’Ida.

Vincere

On remarque un véritable soucis esthétique avec Bellocchio c’est-à-dire que chaque plan, chaque image répond minutieusement à un cheminement vers l’enfermement, vers celui d’Ida et plus tard, celui de son fils. Aux images d’archive se mêlent la fiction, aux mots balancés comme des couteaux sur l’écran se mêlent des images fixes sur des femmes atteintes de folie et quand ces éléments se croisent, il en ressort une narration tragique et dramatique rythmée entre dynamisme et solitude.

Vincere

Enfin, pour finir, il nous semble important de saluer la prestation remarquable de Giovanna Mezzogiorno qui interprète Ida Dalser ainsi que celle de Filippo Timi qui joue à la fois le Duce mais aussi son fils. Ce rôle schizophrénique de Filippo Timi met un peu plus en exergue la folie qui émane de cette terrible histoire, autre choix très judicieux de Bellocchio. 

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