Barry Lyndon

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Immersion totale au coeur de la société anglaise du XVIIIème siècle dirigée par une main de maître, un regard intransigeant et impitoyable qui détruit froidement les conditions humaines trop ambitieuses, égocentriques et imbues de pouvoir. Processus de déchéance tout simplement délicieux à contempler. Que dire de ces scènes en plan large et de ces "scènes-tableaux" époustouflantes ? Un pur chef-d'oeuvre dans la mise en scène, les points de vue choisis pour faire émerger toute la beauté des champs de bataille, des intérieurs aristocratiques ou encore des paysages anglais sont d'un sublime incontestable.

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Si un mot (et c'est bien peu) pouvait résumer ce magnifique film, ce serait "harmonie". En effet, la cohérence entre le trio "images-musique-jeu d'acteurs" est magistrale. Comme nous l'avons évoqué précédemment, il y a une réelle dimension picturale dans ce bijou kubrickien. La recherche méticuleuse du détail et la finesse des plans sont les quelques éléments phares d'un film tant harmonieux. Il est également intéressant de remarquer la particularité de la lumière dans Barry Lyndon. En effet, elle est une clarté aveuglante lors d'épisodes romantiques et accentue la pâleur du visage poudré de Lady Lyndon sous les flammes timides des chandeliers. Elle est aussi opaque et sombre lors de duels ou encore éclatante puis adoucie durant des scènes de bataille. Les couleurs pourpres et blanches des armées anglaises se détachent nettement d'un fond aux teintes plus atténuées. C'est également cela qui fait de nombreux plans, des "scènes-tableaux".

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Si la technique filmique est tout simplement magistrale, l'ascension de Barry dans une société cruelle et la manière de l'exposer sont d'une incroyable ingéniosité. Il joue de ce monde aristocratique et y gravit les échelons. Il singe les codes d'une communauté qu'il envie, il s'aveugle par ses excès tant financiers qu'amoureux et se fait surtout étouffer par une ambition démesurée. Barry Lyndon c'est exactement l'image d'un homme assoiffé par le succès et muselé par un égoïsme surdéveloppé. Un personnage complexe autour duquel gravite des êtres satellites comme une Lady Lyndon désabusée et torturée par les vices de la vie, un Bryan candide que le destin enrôle dans sa cruauté, un Lord Bullingdon tiraillé par ses désirs diaboliques de vengeance ou encore un chevalier de Balibari excentrique et emprisonné sous le masque épais de poudre blanche et des mouches noires criardes.

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Evoquons également la musique qui occupe une place centrale dans cette fresque historique. Elle n'amplifie pas l'émotion d'une scène mais la force de Kubrick est de marier images et musique de manière à rendre une scène d'une puissance formidable. Il y a une harmonie déconcertante qui se déploie grâce aux diverses références classiques comme Haendel, Mozart, Bach ou encore Schubert sans oublier les notes mélancoliques et larmoyantes de Sean O'Riada qui fait émerger les terres profondes d'Angleterre et d'Irlande.

En bref, un chef-d'oeuvre qui mêle histoire, peinture et fiction avec excellence. Des personnages d'une grande justesse, une mise en scène remarquable, une bande son mémorable et la caméra grandiose d'un réalisateur de génie.

Un très grand film.     

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