Faux-semblants

Si un film peut prétendre analyser et démêler la complexité des jumeaux, c'est bien celui-là. Cronenberg signe ici une oeuvre complète, profonde et extrêmement bien fouillée. Son coup de génie repose sans aucun doute dans le choix de faire incarner à un seul acteur, deux personnes.

Cette décision là, nous pousse à explorer en premier plan la relation gémellaire et en second plan, la schizophrénie d'un seul homme, d'un seul corps scindé en deux enveloppes physiques.

Jeremy Irons porte avec brio ce film et il excelle tant dans la crainte de Beverly que dans l'assurance d'Elliot. Leur système est donc bien rodé, synchronisé, l'un fait le travail de fond, l'autre expérimente, l'un prend en charge les patients de l'autre et l'autre orchestre les beaux discours et rafle les prestigieux prix ou encore, l'un sert d'éclaireur à l'autre qui intervient toujours en second plan au niveau des femmes. En bref, l'un sans l'autre ça ne collerait pas, le système s'enrayerait. Leur relation n'est que pure harmonie, synchronisation et équilibre. Une fine analyse de la part de notre cher Cronenberg.

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Analyse pointue également dans les rapports entre ces jumeaux car d'une vision externe, leur relation siamoise dérange, perturbe et trouve son apothéose à la fin du film. En fin de compte, ce qui entache ce tableau harmonieux, c'est bien une personne extérieure à ce duo. Le duo se détruit lui-même mais il n'est pas l'élément déclencheur, c'est Claire la petite pierre qui fait dérailler ce système.

Un mot également pour l'atmosphère fantastique à la Cronenberg avec des outils chirurgicaux futuristes, des blouses sanguinolentes de chirurgiens ou encore l'anatomie interne de ces mutantes qui obsède tant les frères Mantle.

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Des scènes sont d'une puissance incroyable, par exemple celle où les jumeaux marchent d'une pièce à l'autre d'un même pied au milieu d'un appartement en vrac qui est devenu leur placenta, leur nid délirant où rien n'interfère. Si on entend trop souvent aujourd'hui, qu'il est nécessaire pour des jumeaux de "couper le cordon", de couper le lien si particulier qui fait que des êtres sont une même personne, de briser ce qui fait leur particularité, ici Cronenberg nous peint cet acte dans une violence inouïe (plus psychologique que visuelle).

Finalement, quand Elli gît sur ce fauteuil chirurgical, les entrailles béantes et que Bev erre en appelant d'une voix tremblante et plaintive le prénom de son frère mort, la douleur atteint son paroxysme. Enfin, Cronenberg clôt son voyage cérébral au sein des jumeaux par un plan final où l'on aperçoit Bev sur les genoux de son frère, sans doute mort de peur comme la légende de ces frères siamois.

Cronenberg résout la fameuse problématique de "couper le cordon", vraisemblablement par l'impossibilité d'y survivre et finalement d'avoir la preuve sous nos yeux que le lien est indestructible.

Un film que nous vous conseillons vivement de voir.

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1 vote. Moyenne 5.00 sur 5.

Commentaires (1)

1. Mamina 02/05/2013

Excellente critique et analyse de ce film qui fait "froid dans le dos". Maman de jumelles je pense que Cronenberg a tout à fait compris la complexité des liens qui unissent "ces couples" et surtout la difficulté à les séparer. Ces "duos"-"duels" qui fascinent et terrorisent en même temps. Je veux terminer par une note positive : c'est le double de complexité bien sûr, mais le double d'amour !!
quand on est parents...

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