Foxcatcher

Foxcatcher est un film qui se reçoit comme une claque. Il constitue le cinéma « des abysses » que nous aimons profondément, c’est-à-dire un cinéma qui cherche à disséquer les relations humaines en explorant les labyrinthes de l’inconscient et les méandres psychanalytiques.

Bennett Miller saisit une ambiance toxique. Les crissements des chaussures de sport sur le sol laissent longtemps leur écho dans la tête du spectateur. La sueur, le souffle chaud des lutteurs deviennent presque synesthésiques.

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On assiste à la formation d’un couple anxiogène : Mark Schultz et John du Pont. Ce tandem névrosé répond à des pulsions inconscientes primaires. Mark ne se l’avoue certainement pas mais il ne rêve que d’une chose : briller au-delà de l’ombre écrasante de son mentor, son frère Dave. Le meurtre du frère, s’il n’est pas réalisé par Mark lui-même, est indéniablement souhaité. Cette querelle jalouse prend fin lorsque l’entraîneur richissime John du Pont commet l’acte ultime. John du Pont est habité par un besoin vital de reconnaissance maternelle. Scène déchirante quand sa mère vient le voir entraîner ses sportifs et qu’elle lui lance des regards totalement dépourvus d’intérêt puisqu’elle considère la lutte comme une pratique peu noble et dégradante pour ceux qui l’exercent.

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Ce n’est qu’une fois que sa mère meurt, que les failles psychologiques de John du Pont se révèlent véritablement. Il ne supporte pas l’abandon et ne tolère pas l’éloignement de son protégé, Mark. Il fantasme un lien père-fils qui le consume au fur et à mesure du film. Le basculement s’intensifie encore quand Dave s’immisce dans les entraînements de son frère au sein de l’équipe Foxcatcher. Du duo, nous passons au trio anxiogène où les rivalités et les jalousies rythment les rencontres des protagonistes. D’autant plus que l’intrigue est confinée dans le domaine de John du Pont ; domaine bordé par une forêt, lieu hautement symbolique et riche de sens, il représente le théâtre du drame qui s’amorce entre eux.

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Outre la forêt et les symboles qu’elle porte en elle, John du Pont réalise un acte très symbolique lui aussi : après la mort de sa mère, il lâche les chevaux qu’elle adorait et le grondement des sabots résonne comme un rire libératoire. Le cheval, connoté d’une pulsion sexuelle forte, se voit libre du carcan de son enclos, tout comme John du Pont le devient avec la disparition maternelle.

Bennett Miller saisit l’essence humaine avec brio et pertinence. Il nous rappelle combien l’homme est guidé par sa nature inconsciente et combien il en est tristement le prisonnier.

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