Inside Llewyn Davis

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Grand prix du jury du Festival de Cannes 2013 et on comprend pour quelles raisons... Le faux biopic de ces réalisateurs de génie est tout à fait remarquable. D'entrée de jeu, un plan serré sur un micro ouvre la diégèse, comme si ce micro était l'unique voix (et voie) de Llewyn Davis ; la voie du folk, celle d'une douce et mélancolique mélodie. L'apparent montage chronologique renforce l'effet de documentaire romancé focalisé sur un personnage principal. Ce montage, ensuite chamboulé par une reprise des plans initiaux nous donne comme l'impression étrange et frustrante d'un retour à la case départ ou du moins permet d'expliquer la cause d'un coup de poing en pleine face.

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Llewyn Davis, personnage solitaire, chanteur passionné accompagné par un mystérieux homme de route invisible ; Mike, affronte durant tout le film des reproches, insultes, coups de poings et refus permanents. C'est un film d'une profonde nostalgie qui met en scène un homme fusionnel avec sa guitare et suivi par deux chats. Le fameux Ulysse, thème récurrent des Coen, celui de la pérégrination vers la liberté, la justice (O'Brother, True Grit), de la pérégrination émotionnelle et intérieure (A Serious Man) ou encore de la pérégrination à la sauce polar (Miller's Crossing, Fargo). Le chat, Ulysse, finalement abandonné sur le bord de l'autoroute est une métaphore poignante d'un Llewyn sans repères laissé sur le bas-côté de la route lucrative du succès.

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Mais si nous nous sommes empressées d'aller voir le dernier des Coen, c'est aussi et surtout pour leur cinéma. Des plans toujours ingénieux, une couleur et une ambiance pertinentes, et des musiques géniales. À aucun moment donné du film, nous tombons dans le pathos déjà vu du chanteur qui n'a jamais percé, et cette distance est sans doute renforcée par le non recours aux plans très serrés. Les Coen, nous laissent respirer, ne nous collent pas à la misère de ce Llewyn et ne nous obligent pas à nous identifier à sa vie de bohême malchanceuse. Nous sommes spectateurs d'un bout de vie et nous traversons cette parcelle d'existence avec délicatesse notamment grâce à la musique folk qui colore tout le film d'une douce tristesse.

De New-York à Chicago, en passant par les bars et de canapés en canapés, les Coen nous livrent un spectacle avant tout musical et visuel poignant. Saluons un Oscar Isaac très juste et un John Goodman toujours autant délicieux dans le cinéma des Coen. Un film sensible, prenant et d'une profonde poésie.

À voir absolument. 

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