La grande bellezza

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Un film tout simplement sublime. Dès les premières secondes, la succession de plans d'une Rome estivale est d'une telle fluidité que la caméra semble danser, en mouvement perpétuel. Des gros plans sur les statues romaines colossales, des plans rasants, des contre-plongées et des plans larges époustouflants avec la musique sacré et épurée d'Arvo Part. Un grand moment de cinéma d'une beauté et d'un esthétique incroyables. Contraste saisissant avec un groupe de touristes chinois armés d'appareils photos et d'un choeur de jeunes filles vêtues de noir qui vocalisent sur des notes haut perchées.

Puis, Sorrentino nous entraîne dans les soirées à la romaine, où les petits trains sont les meilleurs au monde, car à Rome, ils ne savent pas où ils vont... Un air de discothèque mondialement connu qui pourtant participe au tragique de cette scène. Danseurs invétérés, mini jupe à volonté, gogo danseuse provocante, alcool à flot, couples multiples et éphémères et un Jep Gambardella (Toni Servillo, "squisito" !) en décalage avec un monde qu'il ne maîtrise plus. Les plans de cette soirée sont très pertinents, d'une grande justesse. Le mélange de musiques électro avec des musiques étouffées puis le silence est poignant.

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Ce film c'est aussi une couleur, celle des rues chaudes de Rome, des nuits agitées du centre ville et des recoins déserts où dorment les monuments. Sorrentino dépeint une "città" profondément mélancolique et désabusée. Les personnages sont poussés à une tendre caricature. Dadina, la rédactrice en chef du journal de Jep est une naine aux cheveux bleus, Ramona est une stripteaseuse frustrée de la quarantaine, Romano, l'ami de Jep est un snob vivant dans une résidence étudiante, Andrea est un jeune complétement fou qui se peint le corps en rouge et se présente nu devant sa mère désemparée qui pense pourtant qu'il va mieux et Jep Gambardella est le mondain de la soixantaine errant dans les rues d'une Rome qu'il ne comprend plus.

Nous sommes bien loin de la Rome filmée par Woody Allen dans To Rome with love. Elle n'est pas vue d'un oeil touristique mais d'un regard italien qui saisie la beauté comme la laideur d'une ville hyperactive devenue la proie des touristes avides de spectacles et de shows disproportionnés. Rome est à l'image des flâneries nocturnes de Jep ; usée par la surpopulation mais d'une magnificence incomparable. La visite de nuit d'un palais est merveilleuse. Sorrentino filme les monuments d'une manière si singulière qu'elle les sublime. Le jeu des ombres et cette caméra toujours dansante donnent un rendu qui nous laisse pantois.

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Et puis la narration pourrait être comparée à une toile d'araignée ; une multitude de fils au départ indépendants les uns des autres qui convergent ensuite vers un centre commun. Sorrentino filme une girafe sans que nous en saisissions la cause, puis des flamants roses ou encore une fillette recouverte de peinture. Après la contemplation,  l'explication et le sens interviennent mais avant de rationnaliser tout cela, Sorrentino nous laisse admirer cette beauté dans une béatitude enfantine.

Finalement ce n'est qu'à la fin du film que Jep se décide vraiment à écrire car comme les choses dans les vies ne sont que des "trucs", il peut se mettre à en construire un aussi. Evoquons également les dialogues qui sont tout simplement géniaux ; le cheminement de Jep, ses réflexions, les dialogues de sourds, les non-réponses d'un prêtre converti sur le tard qui ne parle que de cuisine ou encore les révélations mystérieuses et difficilement compréhensibles d'une Sainte centenaire. La scène de l'enterrement d'Andrea est aussi saisissante. Son analyse du deuil et de la douleur perturbent énormément et est mise en évidence par une narration externe très présente. 

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Ce film nécessiterait encore de nombreuses remarques mais pour en saisir la beauté, il nous semble indispensable de vous conseiller de le visionner. Dès les toutes premières secondes vous serez alors confrontés à "la grande bellezza" elle-même.

Un chef-d'oeuvre immanquable...  

2 votes. Moyenne 5.00 sur 5.

Commentaires (1)

1. Mamina 10/07/2013

Quel beau commentaire qui donne vraiment envie de visionner ce film. Parfait, il faut poursuivre et continuer comme vous le faite si bien, merci

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