La Leçon de piano

Ce film de Jane Campion, à la fois mélodieux et torturé, dissèque les comportements humains mais parvient surtout à mettre en scène un des plus beaux mélodrames. Holly Hunter incarne Ada, une femme muette qui est promise à un nouveau mari, après la mort soudaine de son ancien époux. Elle débarque donc avec sa fille au milieu de la Nouvelle-Zélande, lieu qui s’apparente davantage à une jungle arriérée qu’à un espace civilisé, il est peuplé d’êtres à moitié illettrés et aux manières assez bestiales.

Sa fille, Flora, entretient une relation très complice avec sa mère mais va nouer avec son futur beau-père, un lien spécial et privilégié, quasi oedipien et cette-dernière se retrouve ainsi dans une posture schizophrénique, partagée entre cette nouvelle rencontre et l’amour maternel.

Flora

Ada conserve avec son piano, une relation exclusive et absolue, il constitue son unique parole et son identité. C’est pourquoi, lorsque son prétendant lui retire et le laisse sur une plage déserte, s’embourber dans le sable mouillé et confronté aux vagues salées, elle est démunie et sombre dans une criarde détresse.

Baines, joué par un Harvey Keitel plus érotique que jamais, devient pour Ada, la seule possibilité de revoir un jour son piano. De sorte qu’un envoûtant duel érotique débute entre eux, Ada regagnera touches par touches son piano en échange de son corps qu’elle doit offrir aux demandes de Baines.

Piano 2

Les plans qui mettent en scène Hunter et Keitel sont d’une beauté picturale sans égale : le clair-obscur souligne les courbes des faux amants, les mains, les bras, les doigts sont filmés avec grâce, délicatesse presque compassion et nous assistons en voyeurs à l’éclosion de la sensualité latente d’Ada.

Comme souvent, ce duel érotique forcé se transforme en un duo érotique désiré et ce n’est qu’une fois que Baines se détourne d’Ada, que cette-dernière lui porte de l’intérêt. Une scène a attiré notre attention parce qu’elle s’ancre précisément dans cette beauté picturale dont nous parlions précédemment : Ada a subi la colère de son nouveau mari, il lui a coupé un doigt après avoir découvert sa liaison avec Baines. Ada est filmée de dos, au ralenti, elle titube lentement, tombe une première fois puis se relève et finit par chuter dans une marre de boue dans laquelle s’engouffre sa robe. Voilà toute l’esthétique cinématographique de Jane Campion réunit dans un seul plan.

Piano 3

La fin participe à l’apogée du drame présent dès le début dans la narration. Ada choisit ce que sa volonté lui commande de choisir : la vitalité de Baines et celle d’un futur prometteur et non une existence enchaîné dans les bas-fonds.

Une Holly Hunter insaisissable, fuyante et amante passionnée, un Harvey Keitel sanguin qui caresse un piano comme on caresse les courbes d'une femme : un monument, un film culte à voir et à revoir.

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