Lawless

John Hillcoat réussit avec Lawless, à dépoussiérer le western tout en plaçant le récit au beau milieu d’une Amérique torturée par la Prohibition. Comme dans tous westerns qui se respectent, des héros se dessinent nettement, ils ne sont pas des modèles de vertus mais s’apparentent néanmoins à d’honnêtes justiciers. Ils sont trois, trois frères, les Bondurant.

Lawless debut

Autour d’eux gravite dangereusement une police aussi corrompue qu’injuste dont le chef se nomme Charlie Rakes (impressionnant Guy Pearce) et des gangs rivaux vont chambouler leur trafic ; le ténébreux Floyd Banner (glacial Gary Oldman) sait parfaitement faire régner la terreur dans le petit comté de Franklin.

Gary 1

À eux seuls, les trois frères incarnent une triade infernale dans laquelle le petit dernier veut faire ses preuves. Forrest, le chef de famille, règne en maître sur son affaire et comme nous l’attendions, ce n’est qu’une fois proche de la mort, que Jack, le dernier des trois frères, trouve en lui la force et surtout le courage de brandir une arme pour tuer. De même, il était envisageable de déceler que la fougue et la folle insouciance de Jack, allaient tous les conduire au drame.

Même si certaines situations étaient largement prévisibles, cela n’a en rien altéré notre plaisir. Et puis, il ne faut pas oublier que le western offre en général une perspective heureuse pour le ou les héros du film et grâce à son effet psychologique indéniable, ce genre cinématographique rend possible le dépassement des individus ordinaires. Il n’est donc pas étrange de voir la justice l’emporter sur la cruauté et l’avidité parce que le western est prévu pour cette configuration de récit.

Lawless 2

D’ailleurs, la dimension mystique du héros de western est ici complètement dépassée par John Hillcoat puisque les trois frères croient eux-mêmes à leur propre légende, là où on s’attendrait à plus de recul et de lucidité de la part du héros, ils en sont au contraire totalement crédules.

La résolution finale du conflit répond à une perspective inexorable : la confrontation. Un pont fera office de terrain neutre pour le duel ; le pont comme symbole fort d’une passation, d’un héritage, d’un genre préservé et perpétuellement renouvelé.

Lawless 3

John Hillcoat nous offre un magnifique récit dans lequel fiction et réel s’entremêlent délicieusement afin de nous concocter une histoire qui dépasse le simple divertissement. Finalement, Lawless ne s’enferme pas dans le déjà-vu et orchestre une fabuleuse ironie tragique : l’immortalité présumée des Bondurant a été avérée tout au long de leurs péripéties et c’est une « ridicule » et peu glorieuse pneumonie qui mettra un terme final à la vie héroïque de Forrest Bondurant. La stupidité d’un tel accident pour un héros entache légèrement le happy-end programmé par Hillcoat qui était de l’ordre du « ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants » et rappelle ainsi malheureusement, que même les héros meurent…

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