Le loup de Wall Street

Alors, par où débuter ? Vous connaissez sans doute notre affection pour Martin Scorsese, mais là, comment vous dire, nous en sommes retombées amoureuses ! Le loup de Wall Street constitue une fresque ludique qui expose aux spectateurs l’ascension fulgurante d’un courtier, Jordan Belfort. Inspiré d’une histoire vraie, Scorsese nous présente un Léonardo DiCaprio complètement métamorphosé dans ce rôle d’homme tout puissant.

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Le fil est constamment ténu entre humour et drame. On ne sait pas toujours s’il faut rire ou être scandalisé par les agissements excessifs de Belfort. Une scène va certainement devenir d’anthologie : Belfort est complètement raide après avoir avalé des lemmon qu’il croyait périmé et tente par tous les moyens de descendre les escaliers d’un hôtel pour rejoindre sa voiture. Il perd toute motricité et ne parvient plus à formuler des phrases logiques et audibles pour des individus sobres. Il doit donc ramper et tenter d’ouvrir la portière de son véhicule avec un corps pratiquement atrophié. Scorsese utilise pour cette scène une caméra subjective, c’est-à-dire que nous percevons le réel par les yeux de Belfort. Donc, nous croyons qu’il est arrivé indemne chez lui au volant de sa belle voiture de sport mais en fait, Scorsese nous montre ensuite qu’il n’en est rien.

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Le loup de Wall Street c’est aussi un cocktail explosif d’orgies, de fêtes, de sexe, d’alcools, de drogues et de billets verts qui coulent à flot. Un des mélanges préférés de Scorsese. Déjà dans Casino, on retrouvait cette terrible combinaison et cette trilogie infernale : femmes, drogues, frics. Néanmoins, ce qui est nouveau avec Le loup de Wall Street, c’est la manière dont l’histoire est contée aux spectateurs. Scorsese manie de nombreuses fois des caméras subjectives et même des adresses directes au public. C’est pourquoi nous avons dit plus haut que ce film est avant tout ludique car, Belfort est notre guide dans la jungle de la finance.

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Lors des nombreuses fêtes, on a presque l’impression que la caméra elle-même est également enivrée. Les plans s’enchainent assez rapidement et l’utilisation de gros plans ou de plans rapprochés participent à une dynamique filmique très intéressante pour la narration. La musique soutient une action délirante et ajoute de la folie au bazar déjà existant. On se souvient par exemple, des gros plans sur des comprimés de diverses drogues notamment dans une scène où le second de Belfort, Donnie Azoff (joué par Jonah Hill) atteint un état de plane total autour d’une table de billard. Scorsese filme malicieusement ces comprimés qui sont ensuite recouverts d’une pluie d’alcool.

Matthew McConaughey qui interprète Mark Hanna, un homme riche de Wall Street, est hallucinant et halluciné. Il est complètement dément dans ses explications au sujet de ce qu’est la finance lors du premier jour de Belfort à Wall Street. Voir Mark Hanna et Jordan Belfort se taper sur le torse en fredonnant un air entrainant est totalement jouissif et plaisant.

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Un élément du film nous a cependant beaucoup déçu et il est vrai, que nous avons du mal à comprendre Scorsese sur ce point-là. Pourquoi avoir choisi un acteur tel que Dujardin ? Il détonne complètement aux côtés de la meute surexcitée de Belfort et face à la prestation démente de DiCaprio. Bref, il ne fait pas le poids, son jeu est exagéré et déjà vu, nous commençons à connaître par cœur ses grimaces ridicules et la danse de son sourcil indomptable. La touche frenchie était de trop.

En résumé, Le loup de Wall Street célèbre aussi la collaboration entre Scorsese et DiCaprio. Le couple cinématographique est maintenant arrivé à une large palette de rôles tous très différents. DiCaprio en a fait du chemin depuis la machine Titanic et à gros budget de James Cameron. D’ailleurs, la scène où Belfort est pris dans une tempête en mer avec sa femme poupée barbie n’est pas sans rappeler le naufrage dont il n’est pas sorti vivant avec Cameron. La position de DiCaprio et les mots qu’il prononce pour rassurer sa belle blonde ne sont certainement pas innocents et sont peut-être même le fruit d’un clin d’œil de Scorsese.

Le film s’achève sur un Jordan Belfort qui a répondu de ses agissements illégaux et de son fulgurant enrichissement, il a passé un certain temps en prison. À sa sortie, Belfort semble différent, en fait, pas tant que ça. Il s’enrichie dorénavant par des réunions de sensibilisation ou des ventes de son livre et apprend le métier à de nouvelles recrues. Savoir vendre un simple stylo peut déjà élaborer le profil type d’un futur riche courtier et c’est ce que Scorsese nous montre dans le dernier plan.

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En tout cas, DiCaprio devient au fil des années, un acteur capable de jouer des rôles très différents et rend hommage au cinéma de Scorsese, qui quant à lui ne cesse de nous émerveiller.

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Commentaires (1)

1. Mamina 10/02/2014

Votre analyse est complète et super intéressante. Bravo pour la justesse et la précision des mots utilisés. Je vous voie évoluer au fil des mois passés. Peut-être un peu "dures" avec Dujardin ! et "la touche frenchie" est à encourager. Se demander pourquoi Scorsese l'a-t-il fait participer dans son film ? Je n'ai pas la réponse...

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