Night Call

D’entrée de jeu, le titre du film de Dan Gilroy laisse présager sa direction narrative. En effet, Night Call s’inscrit dans la filiation de Drive et l’élaboration du héros est évidemment très proche de celle du film de Refn : l’image d’un homme seul, terriblement misanthrope, violent, vivant exclusivement la nuit et ne pouvant tisser de véritables relations humaines avec les autres.

Jake Gyllenhaal est incroyable dans le rôle de cet anti-héros, Lou Bloom dont le nom et prénom ressemblent davantage au titre d’un dessin animé qu’à un homme jouissant de manipulation. Toute la complexité du personnage se trouve ici : une apparence gentillette, presque sympathique, un sourire avenant mais une nature animale sans morale ni remord.

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Dan Gilroy touche inévitablement à une limite, celle de l’immoralité. En effet, il bouscule le spectateur, le heurte très violemment et le place face à une terrible histoire, celle d’un homme véritablement misanthrope, haïssant son prochain de tout son être. Il pense Lou Bloom sans aucune nuance, et là où on pouvait déceler dans le personnage de Refn un soupçon d’humanité et de compassion, il n’en est rien dans celui de Dan Gilroy.

Bien entendu, Dan Gilroy expose une critique virulente de la société américaine et le principe de l’image choc. Il assassine la démarche journalistique qui se caractérise par une course effrénée pour récolter des clichés choquants et donc très vendeurs. En définition, plus il y a de sang, plus il y a d’argent au final. Le spectateur s’habitue ainsi à une visualisation d’images « normalement » insoutenables et en est même le principal demandeur.

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Nous retrouvons également dans Night Call, la nuit et la voiture comme des protagonistes à part entière. La nuit enveloppe le héros dans un abyme tragique, elle ne permet aucune prise de conscience et n’admet que le risque. La nuit, le héros peut s’exprimer véritablement, il pénètre dans les souterrains de l’esprit humain pour franchir la limite morale. La voiture constitue une incroyable arme métallique, elle rivalise de puissance et de rapidité et se révèle être un signe de supériorité sociale, ce à quoi aspire Lou Bloom par tous les moyens. Elle a quelque chose de maternel, elle protège le héros des dangers extérieurs et le confronte dans un second temps à un dépassement de soi, titubant comme sur un fil, à la limite de la chute, il erre tel un funambule. La voiture est constituée de cette dualité saisissante, à la fois matrice protectrice et habitacle mortuaire.

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La caméra caresse par des panoramiques latéraux les courses frénétiques de la voiture de Lou Bloom et la célèbre ainsi comme un objet sensiblement fascinant et attractif. La musique est constituée de tonalités basses et celles-ci revêtent une fonction lancinante voire hypnotique qui nous entraîne davantage dans le comportement délirant, au sens négatif du terme, de Lou Bloom. Un grand film duquel vous ne sortirez pas indemnes tellement il vous perturbera et décuplera au moins votre souci d’autrui.

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