Padre Padrone

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Palme d'or remise par Roberto Rossellini à Cannes en 1977, un film devenu un classique du cinéma italien. Les frères Taviani signent avec ce long-métrage une oeuvre symbolique des relations père-fils et de la pression d'un patriarche sur son jeune fils.

Dès le début du film, ils mettent en place une mise en abyme, une histoire dans l'histoire et cela passe par la rencontre de Gavino Ledda (le vrai, l'auteur du livre duquel les Taviani s'inspirent) et du père fictif joué par Omero Antonutti. L'entrelacement de la fiction et de la réalité est ici fort intéressante. Padre Padrone avant d'être un film qui expose les frictions d'un père et d'un fils, est aussi l'histoire d'un vieil homme qui veut conditionner sa progéniture à travailler la terre et à être productive de ses mains. Il est en lui-même l'obstacle à l'apprentissage d'une culture autre que manuelle. Ce père/patron musèle toute autre forme de travail et par-dessus tout le travail spirituel.

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Les frères Taviani ont une caméra et des angles de vues surprenants et ingénieux. Ils filment une Sardaigne rustre avec des gros plans, des travellings arrière, des plans sur des acteurs filmés de dos ou encore des plans larges balayant la course d'un Gavino enfant ou d'un père voulant tuer son fils. Gavino Ledda incarné par Saverio Marconi est la figure de l'autodictate dans une révolte douce contre son père. Il rend les coups de son père avec les mots d'un discours qu'il a composé toute la nuit ou avec les notes d'une musique qui n'est autre que le concerto pour clarinette de Mozart.

Musicalement, les sons, les bruits sourds des montagnes sardes, le clocher qui résonne dans le corps du petit Gavino, la valse de Strauss jouée par des tsiganes ou encore les sonorités stridentes d'un vieil accordéon et d'une flûte frêle sont autant de musiques qui créent le rythme et le respiration du film.

Le service militaire de Gavino et sa visite de Pise le confrontent encore plus violemment à son silence qui le contrait au mutisme. Le basculement lancinant de son corps puis l'éclatement de cette sphère qui l'étouffe pour s'ouvrir aux autres est un moment très fort que Gavino éprouve, perché sur la tour de Pise. C'est à travers le personnage de Nanni Moretti que Gavino trouve un modèle sur qui s'inspirer et sur qui compter pour apprendre.  

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Les rapports de Gavino avec son père sont en effet très complexes puisque ils se situent entre la haine et la fausse tendresse. Gavino est battu sévèrement par son père mais quand celui-ci manque de le tuer, il en est abasourdi, au point qu'il prend son enfant dans ses bras en lui murmurant une chanson sarde. La scène de la violente dispute entre Gavino et son père avec la musique de Mozart en fond, renforce le côté tragique et bestial de cette scène opposant un père et son fils dans une lutte acharnée.

Gavino marche et progresse toujours avec l'ombre de son patriarche de père à ses côtés pour lui rappeler que sa vie et ses choix ne sont pas les bons. Les frères Taviani réalisent un classique immanquable que le temps n'affaiblit pas.

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