Saint Laurent

Le Saint Laurent de Bonello, c’est d’abord un choc esthétique. Les plans vacillent entre épuration et saturation, pouvant aussi flirter avec le hors champs. Nous avons eu la chance d’assister à l’émission On n’est pas couché et Bertrand Bonello ainsi que Gaspard Ulliel étaient invités. Lors de cet entretien, Bonello expliquait très clairement ses intentions cinématographiques : ne pas tomber dans la simple imitation mais brosser le portrait de « son » Saint Laurent.

Une approche mimétique n’aurait probablement pas eu la même verve artistique. Le choix d’un montage qui fuit la narration linéaire participe également à l’éclosion d’un tragique latent : Saint Laurent, personnage voire même entité, est prisonnier de sa propre œuvre et de sa propre entreprise.

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D’ailleurs, le choix du titre en dit long. Bonello ne s’embourbe pas dans la banalité du biopic mais habille le couturier visionnaire d’un manteau sacré. Yves Saint Laurent devient avec Bonello, Saint Laurent.

Gaspard Ulliel et Louis Garrel sont éblouissants. Tels deux éphèbes fantomatiques, ils semblent flotter à travers leur soirée de débauche faite de sexe, d’exhibition, de drogue et de musiques assourdissantes. Bonello a su mettre en exergue leur beauté androgyne grâce à des plans extrêmement esthétiques qui s’appuient sur des jeux d’ombres et de lumières ainsi que sur des couleurs chaudes.

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La rencontre entre Saint Laurent et Jacques de Bascher dans la boite de nuit est exquise. Plusieurs panoramiques font office de premier dialogue entre les deux hommes et après, les regards explicites, vient la confrontation physique. Saint Laurent et Jacques de Bascher, c’est un couple qui dérive très vite de la passion à l’auto-mutilation.

Le Saint Laurent de Bonello ne peut pas mourir, il défie la temporalité et semble être resté fixer dans la durée. D’ailleurs, la fin du film témoigne de cette volonté d’inscrire ce génie créateur hors d’atteinte des effets du temps. Bonello fait une apparition dans ces dernières minutes : Saint Laurent semble bel et bien mort et son équipe de journalistes s’apprête à le vérifier mais c’est un Saint Laurent dans la force de l’âge et en plein travail qui les accueille. Ainsi, Bonello en fait un véritable mythe avec toutes les caractéristiques qui en découlent, dont l’éternité et l’universalité de son œuvre. 

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