Tetro

En 2009, Coppola sort un film au registre assez inattendu et au style plutôt surprenant. Il s’agit de Tetro. Avec Coppola, on a commencé à prendre l’habitude du « hors-style », c’est-à-dire qu’il est, cinématographiquement, inclassable. Il joue sur tous les registres et n’hésite pas à s’aventurer dans des histoires toujours saisissantes.

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Tetro est avant tout, un film qui oscille entre fiction et autobiographie. Coppola met en scène une famille, celle des Tetrocini, dont l’art et le génie sont une guerre intestine incessante. L’image du père est à détruire. D’ailleurs, il est surnommé par ses fils, « le grand homme ». Il est un illustre compositeur et ne laisse pas un horizon artistique possible à son fils Angelo parce qu’il considère qu’il n’y a qu’un seul génie dans la famille Tetrocini, lui-même. Angelo évolue donc dans cette ambiance étouffante, avec une ombre paternelle trop pesante et une disparition maternelle trop précoce.

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Cependant, si Angelo s’est donné un autre prénom, celui de Tetro, ce n’est pas sans sous-entendre certaines choses. L’image du père est toujours là, elle est indélébile malgré les années. Tetro ne peut pas se libérer de cette emprise. Coppola met donc en exergue la nécessité de « tuer le père » pour pouvoir avancer. Outre les résonances psychologiques qui en découlent, c’est bien l’histoire personnelle de Coppola et de son propre père, Carmine Coppola, chef d’orchestre, qui est pleinement exploitée.

Bennie est à la recherche de son frère, Tetro. Il se construit en fonction de lui et adopte sa personnalité à certains endroits du film. Ainsi, Bennie se retrouve avec une jambe dans le plâtre, comme son frère. Il se met à fumer, comme son frère. Il porte un blouson en cuir, comme son frère. Il est en détresse et complètement égaré. Il pense ainsi pouvoir trouver en Tetro, un modèle parce que lui aussi, a fuit l’oppression paternelle.

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Tetro est un film partagé entre noir et blanc et couleurs vives. Pour évoquer le passé, Coppola utilise la couleur et un format d’images beaucoup plus petit alors que pour narrer le présent, le noir et blanc est de mise. Cette alternance réussit à créer une atmosphère propice au développement de la fiction. De plus, le noir et blanc sublime les plans d’une ville bohême, Buenos Aires, et les traits angéliques d’Alden Ehrenreich (Bennie).

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Vincent Gallo (Tetro) brille de justesse et de mélancolie et c’est sa compagne dans le film, Miranda, qui parvient toujours à lui maintenir la tête hors de l’eau, à la fois compagne et thérapeute.

In fine, Tetro sauvera Bennie. Il le sauvera de son aveuglement et le détournera d’une lumière éblouissante. Cette même lumière, présente dès le premier plan et dans lequel un papillon se brûle les ailes. Tetro lui conseillera l’obscurité, celle du film et celle qui l’habite depuis toujours. 

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