Théorème

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De son titre original "Teorema", ce film pourrait incarner une exploration exhaustive et glaçante des traits humains. Pasolini pose d'entrée de jeu le cadre propice au développement de l'action, cadre qui peut être apparenté à un huis clos initial très présent. Huis clos tout à fait intéressant qui supposerait que les personnages s'y croisent mais il n'en est rien, bien au contraire.

L'arrivée d'un mystérieux personnage va provoquer le déclin et la disharmonie d'une famille milanaise de la haute bourgeoisie. D'emblée cette venue est problématique puisque la cause en est inconnue. Le visiteur à la figure angélique est d'une sensualité foudroyante. Chaque membre de la famille sera alors séduit par cet homme, que se soit par un acte sexuel ou verbal.

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Pasolini propose une métaphore christique à travers le visiteur qui transcende et bouleverse les intériorités de toute la famille. Sa seule présence plonge le père, la mère, la fille, le fils ou encore la servante dans une importante fébrilité. Un malaise écrase cette famille disloquée mais unie par la personne du visiteur. Il semblerait que les interventions christiques se manifestent et s'incarnent par l'acte de chair. Du moment qu'il a été consommé, s'ensuit tout un chamboulement interne, désordre qui sera amplifié lors du départ inopiné et encore inexpliqué du visiteur.

À cet instant, nous pouvons assister à l'évolution et aux conséquences de cette Visitation au sens chrétien du terme. La jeune fille Odetta, se fige dans un état catatonique après s'être replongée dans les souvenirs fragmentés du visiteur et d'elle-même. La servante retourne auprès de sa famille et connaît des phases d'élévation, de jeûne ou encore de sacrifice en s'enterrant vivante. Lucia, la mère, multiplie les relations sexuelles avec des jeunes hommes qu'elle aguiche de sa voiture. Pietro, le fils, se livre à l'art pictural en tentant d'innover afin de ne pas être juger et comparer aux autres styles picturaux en urinant sur ces toiles. Enfin, Paolo, le père de famille abandonne son usine et se met nu en pleine gare de Milan en hurlant et courant d'un air désespéré et dément.

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Pasolini propose deux voies d'interprétation à la suite de cette Visitation ; le dévouement absolu au sacrée ou l'obscur chemin de la folie. Terence Stamp qui incarne le visiteur n'est pas une simplification de Jésus Christ, il est une figure mystique qui porte à la fois un visage angélique et démoniaque. De plus, nous pouvons évoquer les choix musicaux de Pasolini avec une musique très christique puisqu'il s'agit de la messe du Requiem de Mozart et les compositions du grand Morricone.

En bref, ce film mêle le noir et blanc puis la couleur, les images récurrentes et obsédantes d'un désert, l'épuration des dialogues, les larges plans sur la maison bourgeoise qui accentuent sa désertion ou encore l'exploration d'ordre mystique. Terminons en évoquant le plan final qui est un travelling avant puis un gros plan sur le visage défait de Paolo courant nu dans ce qu'il pense être un désert et cet ultime cri tout à fait tétanisant...

Un grand film du maestro Pasolini.

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