Michael Kohlhaas

POUR

D’entrée de jeu, le ton est donné : Michael Kohlhaas apparaît comme un héros, un justicier. Il est victime du pouvoir des nobles et décide alors d’être le porte-parole des opprimés.

Le cinéma d’Arnaud des Pallières se caractérise par une indéniable froideur et par un détachement presque total. C’est pourquoi, Mads Mikkelsen répond parfaitement au rôle de Michael Kohlhaas et réussit à dévoiler les caractéristiques cinématographiques de son réalisateur en y ajoutant une paradoxale sensibilité. Il compte parmi les acteurs qui n’ont pas besoin de faire de longs discours, la dureté de son visage est son meilleur langage.

K1

Nous sommes dans un cinéma épuré, où chaque plan est à la recherche du dépouillement. Les nombreux silences étoffent les rares dialogues et nous retrouvons une caméra mobile qui n’hésite pas à capturer dans son cadre les feuilles d’un arbre. Arnaud des Pallières hérite certainement du mystérieux Terrence Malick et de sa poésie des images.

Arnaud des Pallières n’a pas peur de jouer avec la moralité. Il manie élégamment les institutions du Bien et du Mal, de la Justice et de l’Injustice. Nous notons également une extrême pudeur ; la violence, la mort ne sont jamais lourdement filmées, l’implicite est sans cesse privilégié et la force des images est délaissée pour la force de l’ellipse.

K2

La fin constitue la meilleure démonstration de tous les éléments que nous avons exposé plus haut même si à ce moment là, Arnaud des Pallières tombe dans un cinéma beaucoup plus conventionnel en choisissant d’intégrer une musique larmoyante pour soutenir le récit. Le silence et Mikkelsen auraient peut-être à eux deux répondu sobrement au drame qui prend racine.  Néanmoins, c’est la longueur des derniers plans qui parvient à ajouter une étrange pesanteur au tragique irrémédiable de la situation et Mads Mikkelsen fuit la caméra, il ne la fixe pas et au final, ne témoigne pas. Il abandonne ainsi sa stature de héros pour endosser celle qui lui sied le mieux, celle de martyr.

 

CONTRE

Un western médiéval selon Télérama. Si l'on s'en tient à ses mots, les Ford, Leone, Corbucci, Hawks ou plus récemment Tarantino ont du souci à se faire. Mais rassurons nous, cette adaptation du roman d'Heinrich von Kleist ne peut prétendre à un aussi gros succès. Ce film a d'aillleurs été comme un ovni durant le Festival de Cannes 2013.

Michael Kohlhaas ne manque pas de rythme ou de dynamisme, il est juste au ralenti, il ne regorge pas de gros plans, il en étouffe, il n'est pas dans un montage alterné, il est décousu de toute part, il ne fait pas sentir d'émotions, il les bannit. Il est d'une certaine manière impénétrable et ermétique à la moindre sensation. On a l'impression d'être face à une forteresse intouchable et dans laquelle on ne peut rentrer. La surcharge de plans très serrés paralyse l'action et la trame du film. On étouffe sous ses plans cadrés sur le vif. Et quand on pourrait enfin pénétrer dans le film par cette chevauchée de la vengeance, il n'en est rien. Cette fois des plans larges posent une distance illogique, frustrante et incompréhensible.

Mads Mikkelsen est également une déception malgré un regard de tueur, un français hésitant et une présence quasi animale. Les évènements auxquels il fait face glissent sur lui comme la pluie des Cévennes sur son visage. Il semble insensible, trop figé dans ce rôle de vengeance et perd presque son but initial. Où va t-il ? Pourquoi ? Dans quelle finalité ? Une grande confusion comme tout le film en général.

Ce "western médiéval" semblait prometteur au vue du casting, de l'histoire même, des choix musicaux et du décor mais là où l'émotion semblait enfin prendre et où le spectateur perce enfin ce voile entre lui et l'histoire, c'est dans les dernières minutes de fin qui là encore s'éternisent lourdement.

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