Palerme

Palerme 1

POUR

Dans une ville du sud sous une chaleur suffocante, une ruelle exigüe donne lieu à un affrontement tenace entre deux voitures qui refusent de se laisser la priorité. Au volant, Rosa (Emma Dante) une femme aussi "testa dura" que les pierres de Sicile et Samira (Elena Cotta) une Palermitaine âgée têtue et obstinée qui ne compte pas céder de si tôt.

Le sujet est simple, la problématique rapidement posée mais dans cette ruelle les deux femmes se livrent un féroce duel. Rosa et Samira résistent à tout ; aux cris des hommes et à leur violence, à la chaleur sicilienne étouffante, à la faim, à la soif et au sommeil. Ces deux bouts de femmes au caractère bien trempé sont face à face et nous donnent l'impression de se livrer à un duel digne des plus grands westerns à la Leone. Dans ces voitures à la carrosserie fumante de chaleur, elles entrent dans un duel psychologique sans doute plus puissant que la force des hommes autour.

Palerme 2

Ces femmes sont plus fortes et plus tenaces car plus bornées. Mais comme dans tout duel, l'issue s'avoue être fatale pour l'une des deux. Qui peut triompher de la jeune téméraire ou de la vieille persévérante ? Au petit matin, on se doute bien que la plus âgée à moins de chance d'avoir passer la nuit dans une voiture qui s'apparente plus à une fournaise avec les fenêtres et portes verrouillées que la plus jeune.

Samira est ce genre de personne qui d'entêtement peut y laisser la vie. Jusqu'à la mort, elle n'aura pas faibli. Mais cette mort peut être interprétée de deux manières totalement différentes ; comme l'acceptation d'avoir trouvé plus fort que soi ou comme la fureur d'avoir été délogée de son rôle d'obstinée invétérée. La scène de fin est d'ailleurs poignante. Samira, cloîtrée dans son obstination meurt en agrippant son volant et dévale cette ruelle pour finir sa course dans un gouffre.  

Palerme 3

Rosa la laisse passer en reculant mais cette manoeuvre ne semble pas être une résignation. Difficile de dire qui des deux a remporté ce duel quand il se solde par la mort d'un des deux protagonistes. De plus, il est tout à fait intéressant de noter l'agrandissement progressif de cette ruelle qui semblait tant étroite au début. Comme si au fil du film, cette "via" s'élargissait à l'image de la façon de penser de Rosa et Samira. Leur étroitesse d'esprit, leur entêtement se voient tourner en ridicule quand on réalise la quantité de possibilités qu'elles auraient pu trouver si elles avaient raisonnablement discuté.

Le plan final met en scène ce peuple qualifié de "fou" qui court vers cette route qui n'a pour issue qu'un ravin avec la musique poignante et mélancolique des fratelli Mancuso. De son titre original Via Castellana Bandiera, ce film offre un vrai duel teinté de l'âme des plus grands westerns où le volant remplace les révolvers mais où l'issue reste cependant inchangée. 

Palerme 4

 

CONTRE

En effet, Emma Dante a indéniablement saisi la force du western et le duel qu’il suggère néanmoins, il semblerait qu’elle s’éloigne sensiblement du conflit principal pour se perdre dans des considérations dont le thème reste Palerme.

De plus, la virulence et l’oppression d’un potentiel huis clos ne sont pas assumées jusqu’au bout. Ces nombreux allers et venues entre les deux femmes et l’effervescence qu’entraine leur conflit affaiblit la narration et ne permet pas le maintien constant d’une tension.

Il est évident qu’elle cherche à faire une résonance avec le théâtre de l’absurde cependant, là encore, elle élude le sujet. Cette ruelle qui s’agrandit devient un contre-sens de lecture, même si nous pouvons comprendre que l’agrandissement de cette ruelle montre en fait que ces deux femmes sont tellement bornées qu’elles ne voient pas la multitude de possibilités pour manœuvrer. En fait, nous entendons par contre-sens, la perte de l’effet escompté. Le fait de garder l’étroitesse de cette ruelle aurait insisté sur l’absurdité de la situation et l’impossibilité de trouver d’autres alternatives.

D’autant plus, qu’avec l’agrandissement de cette ruelle, on s’attend alors à ce qu’une des deux cède mais il n’en est rien. Cela entraine même la mort de la plus vieille.

Ensuite, comme Emma Dante cherche à mener de front deux problématiques, elle s’éloigne de l’essentiel de son propos. En faisant le portrait de Palerme, elle empêche toute possibilité d’universalisation et on ne sait plus très bien si son objet d’étude a été Palerme et la vie des habitants ou une analyse plus globale des comportements humains face à l’inertie.

Pour finir, toute l’introduction sur la présentation des deux protagonistes n’est pas indispensable et n’apporte même rien au récit. Savoir que la première a perdue sa fille et que la seconde est une homosexuelle qui refuse de se rendre à un mariage ne sont pas des éléments qui ont une influence sur la suite du film.

Un film qui séduit tout de même par sa dualité : adoré par certains, trop inconstant pour d’autres.

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.