Charlie Chaplin, le kid du burlesque

Charlie Chaplin est sans hésiter l’une des plus grandes figures du cinéma burlesque et l’un des plus grands acteurs du cinéma muet.

Il s’inscrit durablement comme le maître d’un cinéma qui tend vers la régression, l’humour, la dérision et le gag.

Chaplin ne révolutionne pas le cinéma dans sa forme même, dans sa technique car, il s’attache davantage à ce qui se passe dans le cadre. Il célèbre le burlesque : il joue avec ses possibilités corporelles parce que son corps, ses grimaces, son expression du visage constituent son unique parole à l’ère du muet. C’est pourquoi, le costume a une importance considérable puisqu’il va influencer les déplacements et les mouvements de son personnage. Le pantalon trop large, les chaussures trop grandes, la canne, la moustache et le chapeau de dandy influent son travail gestuel. À ce propos, Daniel Banda et José Moure disaient dans leur ouvrage Charlot : histoire d’un mythe, que « Pour Chaplin, la silhouette est déjà le personnage. »

Chaplin 1

Le héros burlesque est constamment un héros malgré lui et en marge d’une société qui ne le comprend pas. Comme il est inadapté à son fonctionnement, il lutte par le rire et l’humour. Le rire chez Chaplin peut par conséquent, s’apparenter à la catharsis du temps de la tragédie, sauf que lui utilise l’humour, là où la tragédie utilisait le drame. Elie Faure a d’ailleurs déclaré dans L’accoucheur d’un monde inconnu, qu’ « un homme qui peut rire de lui délivre tous les hommes du fardeau de leur vanité. »

Chaplin manie le contraste des émotions avec brio. Il est absurde de ne retenir que la partie clownesque du cinéma chaplinien puisqu’elle n’est pas la partie centrale de son œuvre. Eisenstein définissait le regard cinématographique de Chaplin comme « un contraste entre une naïveté enfantine face à la vie et une réaction brutale d’adulte. » C’est grâce à cette tension omniprésente entre rire et larmes, qu’il ne vacille jamais dans le sentimentalisme ou la mièvrerie.

Chaplin 2

Enfin, Chaplin incarne également l’image la plus célèbre du clown triste, du héros comique par excellence : d’un côté pitre et bouffon, d’un autre côté, sauveur et rédempteur. Edgar Morin expliquait à ce sujet que Chaplin « joue le rôle quasi sacré des victimes purificatrices et des boucs émissaires. » L’innocence de la victime comique et le sens du sacrifice du héros tragique, voilà l’âme du personnage chaplinien.

Il crée le mythe du bouffon populaire qui fait office de souffre-douleur, le mythe du « Ris donc paillasse ! » que l’on retrouve dans toute son œuvre mais aussi chez d’autres cinéastes comme Victor Seastrom dans Larmes de clown, comme Herbert Brenon dans Ris donc paillasse avec Lon Chaney, ou encore comme Fellini dans La Strada et Les Clowns.

En somme, Chaplin reste une inspiration, un modèle si ce n’est LE modèle par excellence. Pour finir, nous allons conclure par une formulation de Godard parce qu’il l’a excessivement bien défini : « On dit aujourd’hui Chaplin comme on dit Vinci, ou plutôt Charlot comme on dit Léonard… ».

Chaplin 3

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