Fear and desire

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Premier long métrage de Stanley Kubrick réalisé en 1952 à l'âge de 24 ans. Considérer que ce film est moins raffiné que les suivants est une des plus grandes ignorances... Replaçons ce film dans un contexte bien spécifique ; Kubrick a la vingtaine, c'est son tout premier film réalisé avec les moyens du bord, il fait tout lui-même (réalisation, production, photographie) et pourtant, ce long-métrage porte déjà l'empreinte de Kubrick malgré quelques couacs secondaires.

Fear and desire c'est l'histoire d'une errance au coeur d'un lieu mystérieux, un champ de guerre, une jungle cérébrale. Il y a la création ingénieuse d'une atmosphère angoissante avec des paysages brumeux, des éclairages brutes et des gros plans figeant les expressions inquiétantes des personnages. Ce film s'il est bien kubrickien, il est reconnaissable notamment par cette voix off omniprésente dans la plupart de ces films si ce n'est tous. Ce commentaire impersonnel permet la formation d'une distance et repousse toute tentative d'identification par les spectateurs.

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Ce qu'il corrigera par la suite dans ses autres longs-métrages, c'est la présence d'une morale "vocale". Au début de ce film, Shakespeare est cité. L'idée que nous sommes tous des îles c'est-à-dire que nous nous terrons dans une solitude profonde est mise en évidence, cette idée est dite oralement. Dans la suite de sa vie cinématographique, il n'usera plus de morale en début de film, le film en lui-même devra être la morale.

Nous retrouvons également le tissage de Kubrick. Il met en parallèle des histoires qu'il fera confronter dans la suite du film. Ici, trois histoires évoluent en parallèle ; celle de Mac dans le radeau, celle des deux hommes près du cabanon ennemi et celle des militaires ennemis se trouvant dans le cabanon. Là où il y a confrontation des histoires c'est quand les hommes en camouflage massacrent dans le cabanon les soldats ennemis qui ne sont que leur double. Ils se tuent eux-mêmes.

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Ce qui peut faire l'objet d'une gêne dans le premier film de Kubrick, c'est l'artificialité dans le jeu des comédiens. En effet, les voix ont été ajoutées après la captation de l'image, il y a donc une certaine rigidité dans la diction des répliques et un aspect superficiel des personnages.

Kubrick considérait que Fear and desire et Le baiser du tueur étaient ses deux films ratés qu'il aurait refait avec Full metal jacket et Eyes wide shut. Bien évidemment il serait absurde d'établir ne serait-ce qu'une infime comparaison entre les films de ses débuts et les films devenus cultes et incontournables. Fear and desire tout comme Le baiser du tueur sont des films à voir parce que ce sont des longs-métrages de Kubrick mais aussi pour leurs plans ingénieux et pour les images réalisées par un génie en devenir.

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