Ida

Ida

En sortant de la salle de cinéma, Ida est encore dans nos esprits et certains plans sont ineffaçables. Ce film est un choc visuel pur, un concentré de trouvailles techniques et une histoire en harmonie parfaite avec l'ambiance générale. Tout concorde, tout s'équilibre, toutes les peurs sont aussi denses et épaisses que la brume des paysages polonais.

Mais la force d'Ida réside beaucoup et surtout dans son approche filmique. Déjà le format du film est de 4/3, format utilisé pour les films muets des années 20-30. Ce choix est très ingénieux car Pawel Pawlikowski crée une nouvelle image cinématographique. Il se sert du passé pour le façonner avec le présent et le dépoussière avec brio. Les plans avec un format 4/3 donnent des images plus larges dans la verticalité et cet effet accentue l'espace vide au-dessus des personnages. Un plan nous a vraiment interpellé ; celui où Ida est dehors avec le saxophoniste derrière une grille en fer forgée lumineuse. Leurs corps semblent écrasés par cet espace trop grand, trop choquant car pas habituel.

Ida

Si le format bouleverse les codes du cinéma contemporain, il fait aussi écho aux films du cinéma muet comme nous l'avons dit précédemment. Ida a l'étoffe d'un film muet ; peu de mots, beaucoup d'expressivité, une grande vie intérieure et une musique poignante. Tout ceci renforcé par le noir et blanc. L'absence de couleurs dynamisent le film et l'ancre profondément dans le tragique de la situation.

Les personnages se font rares ; Ida, la tante, le saxophoniste, les soeurs et les fantômes d'un passé sinistre, celui des délations, des actes de cruauté et d'une violence inouïe. Tous les plans du film sont fixes, ce sont les personnages qui fuient le cadre. Ils sont imprenables et Pawel Pawlikowski le fait bien sentir. Tout nous échappe ; la tante d'Ida qui se défenestre brutalement, Ida qui enfreint les règles ecclésiastiques avant de prononcer ses voeux (ce qui nous dérange) et qui va finalement dire ses voeux (ce qui nous dérange aussi).

Ida

Le seul plan qui n'est pas fixe c'est celui de la fin. Le travelling arrière final donne tout le sens au film dans sa globalité. Ida marche vers le couvent, elle a accompli ce qui semblait être ses devoirs, elle est désormais prête. Ce film pose également de multiples problématiques ; celle de l'enquête sur ses origines, des dilemmes imposés par la chrétienté, du rapport au corps ou encore de l'engagement.

Les décors sont aussi très poignants. On erre entre les vastes étendues d'une campagne hivernale figée par la neige et la brume, les recoins froids du couvent, les petites chambres au bois grinçant, les routes désertées, une croix en bord de chaussée ou encore un appartement spacieux et cossu qui porte les empreintes du désespoir.

Nous vous conseillons vivement ce chef-d'oeuvre qui est un pur joyau  tout à fait bouleversant. Ida ne dure qu'une heure et pourtant, il laisse des souvenirs et des images en tête impérissables.

À voir absolument. 

Ida

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