Le baiser du tueur

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Deuxième long-métrage de Stanley Kubrick et déjà les prémices d'un génie naissant sont visibles. De Fear and Desire réalisé en 1952 au Baiser du tueur en 1954, l'ajout d'effets filmiques et la trame narrative de son tout premier film semblent bouleversés, même si son long-métrage initial porte l'empreinte du jeune réalisateur.

Le Baiser du tueur expose les codes traditionnels d'un drame amoureux avec l'exhibition de relations passionnelles complexes puisque multiples. Le trio amoureux entre un boxeur et une danseuse et cette dernière pour son patron annonce à l'avance une fin tragique devant briser ce cercle infernal et expulser un des protagonistes de cette relation tumultueuse.  

À l'habitude de Kubrick, les personnages exposés et les choix qu'ils prennent ne sont pas blancs ou noirs, ils sont toujours et irrémédiablement les deux à la fois. Gloria, danseuse dans une boîte miteuse s'éprend de celui qui saura la protéger. Elle est cette femme fleur bleue peureuse de la solitude. Davey Gordon, sans doute le seul personnage connaissant vraiment ses sentiments et désirs, agit par pulsion et spontanéité. Il tombe amoureux en deux jours et est prêt à tuer pour celle qu'il aime. Davey se laisse prendre par le jeu vicieux quoique honnête de Gloria. Pour sa survie, aguicher Vincent, homme qu'elle jugeait puant et repoussant, ne constitue pas un obstacle. Elle est dans un calcul simple et à sens unique ; l'autoprotection.

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Ce deuxième long-métrage a déjà une technique filmique développée, personnelle et pertinente. Les jeux de miroirs, de fenêtres, la caméra qui se balance dans un cadre au verre fendu, le plan large progressif de la piste de danse qui inclut au fur et à mesure tous les danseurs, la caméra plongeante sur la cage d'escalier du dancing, la contre-plongée lors du match de boxe ou encore les plans larges fixes sont autant d'exemples qui font de ce deuxième long-métrage, un film efficace et riche tant en histoire qu'en technique.

Les divers procédés narratifs dynamisent le film car ils permettent un va et vient constant dans le récit et stimulent l'intrigue principale. En effet, le film s'ouvre sur le plan d'une gare où Davey s'y trouve fumant une cigarette. Sa voix, en décalé avec l'action décrite précédemment est répétée à de multiples reprises durant le film. D'ailleurs il s'ouvre sur cette gare et se clôt dans ce même lieu avec Gloria qui rejoint Davey partant pour Seattle.

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Il est également intéressant de noter que dès le début du film, les destins des trois personnages principaux s'entremêlent. Gloria et Davey sont voisins, ils évoluent d'une façon similaire pour sortir de chez eux, déambulent de la même manière dans leur chambre, se préparent respectivement pour danser ou boxer, se croisent dans le hall de leur immeuble puis Gloria monte dans la voiture de Vincent, lequel voit Davey se dirigeant vers le métro. De même que Vincent et Gloria visionnent le match de boxe de Davey à la télé. Ainsi avant même de se côtoyer et plus tard de se confronter, les personnages s'effleurent et s'entrecroisent.

En bref, un deuxième long-métrage efficace, une scène culte dans un entrepôt de mannequins, un jeu de clair-obscur maîtrisé, une épuration des dialogues, une musique de dancing en décalé avec l'action engagée ou encore des plans d'une grande ingéniosité ; un Kubrick de 26 ans prometteur...

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