Les amants diaboliques

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De son titre original, Ossessione, ce film réalisé par le maestro Visconti est projeté sur grand écran en pleine Seconde Guerre Mondiale. Pourtant, il est novateur dans les thématiques abordées et les lieux filmés, on le considère comme le film ouvrant les portes du néoréalisme. Au coeur d'un quotidien provincial, nous atterrissons avec Gino dans un café à proximité du Pô et de Ferrare. Visconti nous dépeint une Italie du Nord appauvrie, rurale et écrasée par une chaleur ambiante qui afflige les hommes et prédestine d'une certaine manière une fin tragique.

C'est donc sous ce soleil de plomb que Gino débarque au café Bragana. Il est l'image quasi mythique du vagabond nonchalant errant de province en province sans finalité précise. Gino est aussi électrisant par sa sensualité suggérée et parfois dévoilée. Il est cette conception de l'homme-animal sauvage et colérique proche du héros imaginé quelques années plus tard par Tennessee Williams et sublimement incarné par Marlon Brando dans le film d'Elia Kazan. S'il est proche de Stanley Kowalski, il s'en éloigne également par cette sensibilité plus visible et dont le Stanley de Williams est incontestablement privé, du moins à première vue.

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De cette passion violente, soudaine et fusionnelle entre Giovanna et Gino va naître une complicité macabre et féroce. Ils sont liés par ce meurtre prémédité, cet assassinat désiré par l'un comme par l'autre. Gino veut éliminer le mari bedonnant de Giovanna car il souhaite jouir de cet amour sans plus se cacher et Giovanna désire cette disparition afin d'être libérée de la tutelle et de l'emprise financière que son mari exerce sur elle. Seule la position de Giovanna est plus ou moins ambiguë dans le sens où il y l'existence de cette assurance vie qu'elle peut toucher à la mort de son mari mais qu'elle ignore (apparemment). Or, ce qu'elle n'ignore absolument pas, c'est la fortune de son époux et elle sait qu'elle en sera la première héritière.    

Cet assassinat propulse le couple dans un tumulte qu'il ne maîtrise plus et qui cause leur rupture. Evoquons également la première fuite de Gino à Ancône et sa rencontre avec une sorte d'alter-ego nommé l'Espagnol qui le replonge dans un vagabondage mais cette fois en duo. Ce premier départ prédit alors le second qui sera plus destructeur et plus brutal puisque Gino aura une aventure avec une prostituée nommée Anita et que Giovanna le suivra désespérément.

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D'une certaine manière, nous pouvons dire que ces amants tendent à épouser une fin fatale et irréversible. Il semble impossible que ces amants vivent sereinement leur amour, impossible car tout paraît s'y opposer et entraver leur évolution. Fin tragique latente ; alors qu'ils décident de prendre la fuite, Gino et Giovanna, enceinte de leur enfant, ont un accident de voiture. Ironie du sort ou simple fatalité, Gino endosse seul le poids de la responsabilité. Finalement, n'était-ce pas un coupable prédestiné ?

Nous pouvons retenir ce film qui est une éblouissante réalisation, une toute première puisqu'il s'agit du premier film de Luchino Visconti et qui est fait déjà preuve d'un regard avisé magnifiant ses personnages et la complexité de leur relation. Un film qui retentit encore en nous, une fois le générique défilant et cette image persistante de ces deux amants diaboliques assommés par une fatalité incontrôlable et sinistre.

Un très beau film.  

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